Carte trans

Histoire du transibérien

 Ce qui touche avant tout, c'est le côté direct du texte de Cendrars. Et cette Poésie est de la prose dans laquelle on parle du browning, des prostituées, de la guerre. C'est un texte situé dans l'histoire. Il s'agit de la guerre russo-japonaise qui se déroule de 1904 à 1905. Elle oppose deux empires; celui du Japon à la Russie. C'est de la prose parce qu'un bourlingueur comme Cendrars utilise un regard de reporter, un regard concret. Et il en profite pour créer sa propre mythologie. Loin de Cendrars d'ergoter sur la découverte des images-associations des psychiatres américains, ce n'est pas lui qui s'extasie sur la différence de la prose et des vers.Ce qui lui plait, c'est la découverte des rythmes desmots, de faire s'entrechoquer les sons.C'est pourquoi il dédie ce texte aux musiciens. Il côtoie Auric, Honegger, Milhaud. Toute cette musique fait de son cerveau une chambre d'écho.Il se veut le chantre du modernisme et il dédie aux musiciens ce poème.

Le chemin de fer, il en déchiffrait les rythmes et ils sont complexes. Comme il se perd dans les rythmes des couleurs des Delaunay, il est fasciné par les rails et ses embranchements et sa poésie est cinématographique avant que le cinéma s'empare de cette poésie. Il explorera cela en film avec « La Roue » d'Abel Gance.

A cette image du modernisme, il oppose l'image de Jehanne de France.  On l'imagine avec son armure dans le wagon alors que c'est la machine à vapeur qui est cuirassée. C'est pour cette raison que les russes appellent le train un Samowar. Elle, au contraire, est nue, n'a pas de corps, c'est à dire il se voit en marlou et joue des mécaniques comme le train.

On passe de la découverte innocente du monde à l'horreur du monde. En même temps ce monde offre des paysages enchanteurs loin de cette horreur.